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À propos de l'exposition

Aujourd’hui, 2,5 milliards de personnes dans le monde dépendent du charbon de bois pour cuisiner.

C’est en me rendant régulièrement en Somalie à partir de 2002 que j’ai commencé à m’intéresser au sujet du charbon de bois, qu’on appelle également la braise ou le makala. Voyant sur les routes des files de camions remplis de charbon de bois, je me suis dit que dans ce pays où il y avait peu d’arbres, il n’en resterait bientôt plus.

Selon l’ONU, aujourd’hui plus de la moitié des arbres abattus sur la planète sont utilisés pour produire du charbon de bois et du bois de chauffage. En République démocratique du Congo, chaque année 500 000 hectares de forêt sont transformés en charbon. Le Cambodge a perdu plus d’un tiers de ses forêts primaires, dont une grande partie pour le charbon de bois utilisé notamment dans la production de l’acier.

En Afrique, le commerce illégal du charbon de bois participe au financement de groupes armés. En Somalie, dès 2008, la milice islamiste Al-Shabab a contrôlé l’exportation de charbon de bois essentiellement vers les pays du Golfe, ce qui lui rapportait 25 millions de dollars par an. Et malgré l’interdiction des exportations de charbon de bois somalien décrétée par l’Onu en 2012, cela lui rapporte encore 7,5 millions de dollars par an. En RDC, ce trafic rapporte également 45 millions de dollars par an aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) qui en contrôlent le commerce dans l’est du pays, la plus grande partie étant produite dans le parc des Virunga.

L’Afrique est le premier producteur mondial de charbon de bois. Avec le bois de chauffage, il représente 90 % de la consommation domestique sur le continent. Kinshasa, la capitale de la RDC qui compte 15 millions d’habitants dont 95 % cuisinent au charbon de bois, est la ville qui en consomme le plus au monde avec 5 millions de tonnes par an, ce qui nécessite 25 millions de tonnes de bois abattu puisque seulement 20 % du bois devient du charbon, le reste part en fumée lors de la carbonisation.

En raison du faible revenu moyen des ménages africains, il reste indispensable à la vie quotidienne, même s’il est une menace pour l’environnement et pour la santé. Selon une étude de la Dynamics-aerosol-chemistry-cloud interactions in West Africa (DACCIWA) faite sur les villes côtières d’Afrique de l’Ouest, si aucune mesure n’est prise, d’ici 2030 l’Afrique sera à l’origine de 50 % des émissions polluantes mondiales. Trois facteurs principaux expliquent ce chiffre alarmant, et en premier lieu les feux domestiques (alimentés au charbon de bois et au bois de chauffage), puis les brûlages non contrôlés et les décharges à ciel ouvert, et enfin le trafic routier.

L’utilisation du charbon de bois a un impact direct sur la santé des populations. Les femmes qui cuisinent en sont les principales victimes ainsi que les enfants dont elles ont la charge. La pollution domestique de l’air est à l’origine de 24 % des décès en Afrique subsaharienne.

Mais serait-il possible de se passer du charbon de bois ? Aujourd’hui non, car les alternatives proposées sont inadéquates ou insuffisantes. L’électricité : rien qu’en Afrique subsaharienne, 700 millions de personnes n’y ont pas accès. Le gaz est trop cher : si une ménagère peut payer 0,40 euro pour son achat quotidien de charbon, elle ne pourra jamais sortir d’un coup 25 euros pour acheter une bonbonne de gaz. Le solaire n’est pas assez développé. La fabrication de briquettes à partir de coques de noix de coco est coûteuse et encore confidentielle. Enfin, la production de charbon de bois à partir de forêts plantées ou replantées n’est pas encore assez développée.

Or, comme les villes les plus dévoreuses de charbon de bois sont également celles dont la population devrait doubler dans les vingt prochaines années, il est à craindre que le charbon de bois reste encore longtemps un problème majeur.

 

Pascal Maitre

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