À propos de l'exposition
En avril 2023, lorsque la guerre a éclaté au cœur de Khartoum, la capitale tentaculaire du Soudan, beaucoup ont été pris au dépourvu. Les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire, avaient été accueillies au sein des Forces armées soudanaises (FAS), avant de se retourner contre elles et de prendre le pouvoir. Les guerres commencent généralement aux frontières et sont provoquées par des facteurs extérieurs, mais ce conflit a éclaté au cœur même du Soudan, ce qui explique sans doute sa nature dévastatrice et les difficultés à y mettre un terme.
La situation humanitaire au Soudan est aujourd’hui la plus catastrophique au monde : plus de neuf millions de personnes ont été déplacées, dont deux millions qui ont fui le pays. Le territoire est défiguré par de nombreuses lignes de front. Selon les chiffres de juillet 2024, plus de 750 000 personnes sont au bord de la famine et en danger de mort, et les deux belligérants utilisent l’accès aux vivres comme une arme de guerre.
Dans un centre de traitement de la malnutrition installé dans un hôpital de Port-Soudan, j’ai vu Bara’a Ahmed, âgée de 20 mois. Sa famille avait quitté la région de Khartoum en 2023. Mal nourrie et affaiblie, Bara’a a contracté le choléra qui se propage avec les déplacements de masse. Les médecins craignaient qu’elle ne survive pas. Je les ai observés alors qu’ils tentaient de poser une canule dans son petit bras, à peine plus gros que le pouce du médecin. Difficile de contenir ses émotions face à ce petit visage pâle et pétri de douleur. Bara’a s’est rétablie et deux semaines plus tard, elle semblait sortie d’affaire, mais voir autant d’enfants souffrir de malnutrition en 2024 m’a profondément choqué.
Il est impossible de vérifier le nombre de victimes, estimé à plusieurs milliers, car la plupart des violences ont lieu dans des zones contrôlées par les FSR. Les combattants des FSR sont accusés d’avoir perpétré des massacres, principalement contre les Masalits et d’autres minorités non arabes dans la région du Darfour, reproduisant le cycle de nettoyage ethnique mené par l’ancien président Omar Hassan el-Béchir au début des années 2000. Les Émirats arabes unis sont ouvertement accusés d’être le principal soutien des FSR, et selon les experts, sans leur aide financière et militaire, les FSR n’auraient jamais pu mener une guerre d’une telle ampleur.
À Omdourman, ville jumelle de Khartoum sur l’autre rive du Nil, la dévastation totale rappelle Mossoul et Raqqa en Syrie après la guerre brutale pour chasser Daech en 2017 et 2018. Les rues et les quartiers détruits s’étendent à perte de vue, chaque maison semble avoir été pillée. La guerre n’est pas terminée et chaque jour, des tirs d’artillerie retentissent de part et d’autre du fleuve. Rares sont les hôpitaux encore opérationnels, et le système de santé peine à faire face à l’afflux d’enfants mal nourris et de blessés de guerre et à répondre aux besoins médicaux courants. À l’hôpital Al-Nau, nous avons rencontré d’innombrables civils blessés lors de la bataille pour Khartoum. Après avoir reçu une balle dans l’estomac, Hassan Adam (14 ans) venait juste de recommencer à s’alimenter. Il était encore si faible que sa mère l’aidait à s’asseoir pour manger. Alors que je prenais des photos, il m’a fait signe de partager le repas avec lui. Un geste touchant, un geste qui semblait incarner toute la résilience et la dignité observées chez tant de personnes que nous avons rencontrées.
Ivor Prickett
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