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À propos de l'exposition

En novembre 2020, les tensions de longue date entre le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), un parti au cœur de la politique nationale depuis plus de trente ans, ont dégénéré en conflit ouvert. Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix en 2019, a annoncé le 4 novembre dans un message publié avant l’aube sur Facebook l’envoi de troupes dans la région du Tigré, au nord du pays, pour arrêter et désarmer les dirigeants du TPLF. Il a promis que la guerre, ou selon ses termes « l’opération de maintien de l’ordre », serait rapide et comporterait peu, voire aucun risque pour la population du Tigré, soit quelque sept millions de personnes.

Abiy Ahmed bénéficiant du soutien de la communauté internationale depuis son arrivée au pouvoir en 2018, la plupart des observateurs l’ont cru sur parole, du moins au début. Tout a changé fin novembre lorsqu’une équipe de journalistes de l’Agence France-Presse, dont le photographe Eduardo Soteras Jalil, a réussi à briser le silence imposé aux médias en obtenant un accès exclusif à la région, exploit renouvelé en décembre puis en janvier.

Les photos prises par Eduardo Soteras ont montré au monde ce qui se passait réellement dans le Tigré, démentant les propos du gouvernement selon lesquels le conflit serait de faible intensité. Les preuves de la souffrance des civils tigréens étaient visibles partout. Dans la ville de Mai-Kadra, où s’est produit l’un des pires massacres du conflit, les photos montrent des survivants en pleurs près de dépouilles gisant dans les fossés, un mouchoir porté à leur visage pour échapper à la puanteur. À Dengelat, où les forces de défense érythréennes ont abattu plus de 160 civils, des survivants restés sur place frappent le sol de leurs poings en tenant des photographies de leurs morts. À Bisober, des enfants jouent au milieu des ruines de maisons et d’écoles détruites par les obus, tandis que des soldats nettoient leurs armes à l’ombre des acacias dans un camp militaire de fortune. Ailleurs, des images de civils blessés sur leur lit d’hôpital, de foules se pressant autour des camions qui apportent une aide alimentaire cruellement nécessaire, d’agriculteurs travaillant dans des champs de sorgho, dans un effort désespéré pour éviter une famine.

« Ces images sont l’unique preuve photographique des séquelles qui affectent la population et le paysage de la région après les premières semaines du conflit », selon Laetitia Bader, directrice de Human Rights Watch pour la Corne de l’Afrique. Et la guerre du Tigré n’est pas le seul conflit en Éthiopie. Au cours des trois premières années du mandat d’Abiy Ahmed, les violences ethniques se sont multipliées. Eduardo Soteras en a scrupuleusement documenté les conséquences, comme dans ce camp de déplacés dans la ville de Chagni, au nord-ouest du pays, où des hommes, des femmes et des enfants ont fui les massacres de masse perpétrés dans la région occidentale de Benishangul-Gumuz.

Les reportages d’Eduardo Soteras dans ces différentes régions en crise se concentrent sur les civils, ces populations qui n’ont aucune responsabilité dans ces conflits mais qui en souffrent tant.

Robbie Boulet

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Eduardo Soteras

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