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À propos de l'exposition

Comment parler d’identité dans une région du monde – le continent africain – où l’attachement aux valeurs traditionnelles et l’émergence d’un sentiment d’appartenance mondiale donnent lieu à de telles contradictions ? À travers quel prisme les photographes décryptent-ils les failles qu’ils perçoivent dans les représentations stéréotypées d’une altérité apparente ?

En parcourant le continent, j’ai la lourde tâche de dépeindre cette réalité, ainsi que les multiples interprétations qui naissent et s’accumulent à chacune de mes rencontres. Tout est là, toujours, devant moi, offert. Je me pose chaque fois la même question : « Que dois-je en faire ? »

Une image d’actualité est un sujet à part entière ; l’urgence dans laquelle nous travaillons nous oblige à concentrer l’information plutôt que la diluer dans de multiples images. Chaque cadrage doit contenir toutes les nuances, tous les détails. L’information telle qu’elle est présentée au public est riche de sens : le pouvoir évocateur d’une image peut permettre à un observateur novice de comprendre, ou bien il crée une barrière de plus ; une énigme supplémentaire pour des spectateurs lointains, distraits, détachés.

Dire que l’Afrique n’est pas un bloc monolithique, une région unique que l’on peut situer d’un geste précis sur une carte, est une vérité simple mais difficile à formuler. Comment reconnaître la diversité dans un environnement si complexe, face aux formes multiples et nombreuses de l’expérience humaine ? Le continent se trouve à un moment charnière. Alors que son économie est en plein essor, ses citoyens aspirent à des changements politiques au-delà des évolutions économiques, culturelles et sociales. Ces changements sont portés par leurs exigences, qui conduisent à des actes individuels de défi, de résistance et de progrès.

À travers un labyrinthe d’événements, qu’ils soient déterminants ou au contraire sans conséquence apparente, je dois décider sur quoi concentrer mon attention, et cela ne fait qu’accroître l’intérêt que je porte à ce qui reste en dehors du cadre, plutôt qu’à ce qui s’y trouve. Il ne peut y avoir de récits exhaustifs. Je suis aux prises avec l’immensité des terres, la distance, et parfois des obstacles plus prosaïques comme les frontières et les visas.

À chaque rencontre, nous sommes confrontés à des mouvements, des gestes ou des signes : ce que l’on voit dans les événements définit les personnes qui les vivent. Une image d’actualité peut contenir à elle seule un catalogue entier d’expériences. Cela crée une identité : le résultat d’une responsabilité partagée, partagée entre l’action du seul acteur et le seul témoignage du photographe. Ce n’est pas une tâche facile.

Présenter l’identité d’une personne inclut tous les moments qui l’ont menée à cet instant décisif, que ce soit lors d’un sommet international ou dans l’intimité de sa maison. Les photographes sont là, à ce moment donné : un geste singulier, sa présence à un endroit et un instant précis s’offrent à notre regard, pour être transmis à un public. Dans ce monde de l’information, apparaître sur une photo signifie incontestablement être, à travers cette photo, présenté et vu ailleurs.

Prendre une photo engage une responsabilité. Dans cette profusion d’événements sur le continent africain, les photographes doivent faire preuve d’une grande authenticité. C’est rarement un exercice solitaire, même si ce fut le cas pour moi au Gabon où j’étais le seul photographe travaillant pour les médias internationaux au moment d’une élection très disputée. Mais une responsabilité partagée exige une meilleure compréhension des événements que nous couvrons. Et pour cela il faut une présentation plus nuancée de la réalité ; on ne peut se contenter d’un récit simpliste.

Marco Longari

Johannesburg, 23 avril 2017

Marco Longari est photographe en chef pour la région Afrique de l’Agence France Presse, basé à Johannesburg en Afrique du Sud.

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Marco Longari

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